Danie Faurie

Un subtil mécanisme mental, soit conscient, soit obscur, met au jour les traces anciennes ou récentes, extirpées de la mémoire qui superpose les couches de vie successives, les alluvions du temps.
Constructions de l’espace, aplats, reliefs, collages, incisions, lignes plongeant le connu vers l’inconnu, signes, lettres, mots, phrases, chiffres, hiéroglyphes, fixant au langage, à l’alphabet gestuel, les limites du caractère mécanique du temps et de sa durée.
Bien que les césures compromettent l’unité de l’espace, l’œuvre n’est pourtant jamais fragmentaire.
Plans et superpositions servent une construction en abîme qui lutte contre son propre vertige.
Effet de miroir récurrent, explicite dans la convergence des profils, identifiés par un lessivage des traits, comme l’écriture elle-même se trouve brouillée par un semblant de calligraphies ou par accumulation de matière, lettres et signes semblent moins poinçonner la page qu’ancrer la présence.
Fausses lignes de fuite et ramifications soulignent une proximité avec le regardeur qui est celle de la solitude originelle. Magnitude d’une parabole d’une stylisation allégorique de l’errant que nous sommes, au - delà de toute socialisation.
Au soir du 21 septembre 2001 est apparu sur la toile noire ce soir-là, un personnage dressé, le regard dirigé vers le ciel, en total questionnement devant l’indicible drame des twins towers… la consternation qui va donner son nom à ce personnage (« le Consterné ») qui va habiter régulièrement, tant le parcours personnel de l’artiste que ses toiles.
Les « Consternés » ne sont pas tant des masques qui interpellent que les empreintes même, l’habitacle, la chrysalide de « l’existant » ramassé dans sa stupeur d’être.
Plaies et bosses d’un parcours intérieur très intime. La distanciation toujours à l’œuvre garantit la signification universelle de la gestuelle de l’artiste.
Danie Faurie manifeste un va-et-vient constant à la Figure, en passant des archétypes anonymes à la représentation d’un soi emblématique : l’homme pensant, hérité de Rodin, mais revenu à une proximité. Ses géométries qui témoignent de l’arrachement sont des paysages mentaux - face à face et accumulation de têtes qui sont des jardins intérieurs – Effigies dont le hiératisme se trouve renforcé par leur profil et l’encerclement des écrits venant atténuer l’image lyrique.
Danie Faurie multiplie les signes - métaphores d’une forme d’écrit – faisant de la toile une peau où les aspérités semblent une respiration sous la poussée de la menace intérieure, et l’ensemble donne à voir une cité intérieure.
L’artiste représente : elle alerte ; elle interpelle.